
Quel est le meilleur porc du monde ?
« Le meilleur porc du monde » est un titre que personne n’a jamais décerné. Aucun classement des races n’a jamais été publié, et l’équipe qui a rassemblé le plus d’éléments sur le sujet écrit noir sur blanc qu’on ne peut pas les comparer. Ce qui existe, en revanche, ce sont des textes officiels très précis. Ils sont bien plus intéressants que le palmarès qu’on cherchait.
L’essentiel
Il n’y a pas de meilleure race. Il y a des textes qui disent ce qu’une race donne le droit d’écrire sur une étiquette, et c’est tout autre chose.
- Aucun classement des races du monde n’existe. Le plus vaste travail de comparaison mené en Europe, sur vingt et une races, conclut qu’elles ne sont pas comparables entre elles.
- Le décret espagnol ne nomme que deux races : l’ibérique et le duroc. Le reste relève du récit commercial.
- Le duroc n’entre que par le croisement, et toujours du côté du père. En dessous de 50 % de sang ibérique, le mot « ibérique » est interdit.
- « Pata negra » est une mention réservée au jambon de bellota 100 % ibérique. Elle ne dit rien de la couleur de l’ongle.
- L’écart entre deux cochons de la même race dépasse l’écart entre vingt races. La race ouvre la porte ; elle ne fait pas le jambon.
Personne n’a jamais classé les races du monde
Les listes des « dix meilleures races » sont partout. Aucune ne cite de source, et pour une raison simple : il n’y en a pas. Aucun jury, aucun concours, aucun travail publié n’a jamais mis les races du monde en concurrence.
La tentative la plus sérieuse est européenne. Un programme de recherche a rassemblé tout ce qui existait sur vingt et une races locales du continent. Ses auteurs écrivent que les différences d’élevage et d’alimentation sont si grandes qu’un résultat obtenu sur une race ne peut pas être transposé à une autre.
Le problème est concret. Le gras mesuré sur une race l’a été sur un muscle, à un âge et dans une ferme ; celui de la race voisine, ailleurs, autrement. Mettre les deux chiffres côte à côte n’a aucun sens.
Alors quand on vous annonce « la meilleure race », la seule question utile est : comparée à quoi, et mesurée comment ?
Ce que la loi espagnole reconnaît, et ce qu’elle ignore
Le décret royal 4/2014 encadre tout ce qui se vend en Espagne sous le nom d’ibérique. Sur des dizaines de pages, il ne nomme que deux races : l’ibérique et le duroc. Aucune autre n’y figure.
Le duroc n’a pas de désignation à lui. Il n’entre que par le croisement, et toujours comme père. Une truie duroc n’existe pas dans ce texte. Trois niveaux sont prévus : 100 %, 75 % et 50 % de sang ibérique. En dessous, le mot est interdit sur l’étiquette.
Un ajout de 2016 étend cette équivalence au porc alentejano portugais et à ses croisements avec le duroc. Un jambon vendu 100 % ibérique en Espagne peut donc venir d’un cochon né au Portugal. Rien sur l’étiquette ne le dira.
Le reste du décret ne parle plus de race mais d’alimentation, et c’est ce que les brides de couleur résument.
| La couleur de la bride | Ce qui est écrit dessus | Ce que cela dit de la bête |
|---|---|---|
| Noire | De bellota 100 % ibérico | Race pure des deux côtés, et une saison de glands |
| Rouge | De bellota ibérico | 50 ou 75 % de sang ibérique, la même saison de glands |
| Verte | De cebo de campo ibérico | Élevé dehors, mais sans la saison de glands |
| Blanche | De cebo ibérico | Élevé en bâtiment, nourri d’aliment composé |
Les quatre couleurs viennent du décret royal 4/2014. La bride est numérotée et reste sur la pièce jusqu’à la découpe. Nous expliquons l’étiquette en détail dans un article entier.
« Pata negra » ne parle pas de l’ongle
Le décret réserve cette mention à une seule désignation : le bellota 100 % ibérique. Ce n’est ni une race, ni une catégorie de qualité, ni un synonyme d’ibérique. Et aucun texte ne la relie à la couleur de l’ongle.
L’ongle noir n’est d’ailleurs pas un signe. Le standard officiel de la race décrit l’une de ses cinq variétés, le manchado de Jabugo, comme ayant le plus souvent les onglons dépigmentés, en partie ou en totalité. Un cochon 100 % ibérique peut avoir la patte claire. Un cochon qui n’a rien d’ibérique peut avoir la patte noire.
Cinq variétés, et une seule qui tient la production
Le catalogue officiel des races d’Espagne reconnaît cinq variétés à l’intérieur de la race ibérique : le retinto, l’entrepelado, le lampiño, le torbiscal, ainsi que le manchado de Jabugo. Quatre d’entre elles sont classées menacées.
Les chiffres du ministère espagnol, arrêtés fin 2023, sont sans appel. On compte 298 388 animaux retinto, répartis dans 2 253 élevages. Et 616 manchado de Jabugo, dans 32 élevages. Un rapport de un à quatre cent quatre-vingts.
Autrement dit : quand on dit « race ibérique », on parle en pratique du retinto. Les quatre autres survivent grâce à des programmes de conservation, et l’une d’elles tient sur 174 femelles reproductrices.
Un mot enfin sur le « negro de los Pedroches », qu’on lit souvent cité parmi les variétés. Il ne figure pas au catalogue officiel. L’appellation d’origine du même nom le mentionne comme un travail de récupération en cours, pas comme une variété reconnue.
Les races qu’on cite toujours, et ce qu’on peut en dire
Elles reviennent dans toutes les listes : le Noir de Bigorre, le mangalica hongrois, le berkshire, la cinta senese. Nous avons pris leurs promesses une par une et cherché ce qui les portait.
La plus belle histoire est celle du kurobuta japonais nourri à la bière et massé à la main. Elle est empruntée au bœuf de Kobe — et elle n’est même pas vraie là-bas. Le texte qui définit ce bœuf énumère une lignée, des notes de classement et un poids de carcasse. Ni bière, ni massage, ni musique n’y figurent.
| La race | Ce qu’un texte officiel en dit | Ce qui n’a pas de source |
|---|---|---|
| Noir de Bigorre France | Appellation d’origine. Race gasconne pure, abattage entre 12 et 24 mois, jambon affiné 12 mois au minimum. | Les « 18 mois minimum » qu’on lit partout. Aucun texte ne les fixe. |
| Mangalica Hongrie | Race hongroise de type gras, presque disparue dans les années 1970. | Qu’elle serait « la plus grasse du monde ». Rien de tel n’a été mesuré. |
| Berkshire Royaume-Uni, Japon | Race britannique rare : 236 femelles reproductrices recensées en 2024. | Que « kurobuta » serait une appellation protégée, ou une race à part. |
| Cinta senese Italie | Appellation d’origine sur la viande fraîche. Les deux parents doivent être inscrits au registre. | Qu’il existerait la même protection pour le nero siciliano ou la casertana. |
| Duroc États-Unis | Seule race admise en croisement avec l’ibérique, et uniquement comme père. | Qu’il améliorerait ou abîmerait le persillé. Les deux se disent, aucun ne se mesure. |
Nous n’avons retenu que ce qui figure dans un texte officiel ou dans un travail publié. Le reste circule de site en site sans jamais remonter nulle part.
Le même cochon, du simple au sextuple
Voici le chiffre qui règle la question. Chez le porc ibérique, le gras infiltré dans le muscle va de 3 à près de 20 % selon les bêtes. Sur une vingtaine de races locales européennes, les moyennes s’échelonnent de 2 à 10 %.
L’écart à l’intérieur d’une seule race est donc plus large que l’écart entre vingt races. Deux cochons ibériques nés le même jour peuvent finir aux deux bouts de l’échelle.
Ce qui les sépare n’a rien de génétique : ce qu’ils ont mangé, combien de temps ils ont vécu, combien de place ils ont eu. Sur près d’un millier d’ibériques élevés dehors, la moyenne relevée est de 4,9 %, avec une dispersion considérable d’une bête à l’autre.
La race est une condition, pas une garantie. Elle ouvre la porte ; la montanera, les mois et le séchoir font le reste, et nous racontons ce parcours dans la fabrication d’un jambon de bellota.
D’où viennent ces informations
Les règles citées ici viennent du décret espagnol, du catalogue officiel des races et des appellations d’origine française, espagnole et italienne. Les effectifs d’élevage viennent de la base du ministère espagnol de l’agriculture, arrêtée fin 2023. Tout est listé en bas de page. Quand nous n’avons pas trouvé de source, nous l’écrivons plutôt que d’avancer un chiffre. Et nous vendons du jambon ibérique : vous devez le savoir avant de lire ce qui précède.
Conclusion
Il n’y a pas de meilleur porc du monde
Il y a des races anciennes que des textes protègent, des effectifs qu’on peut compter, et une variabilité énorme à l’intérieur de chacune. Le palmarès, lui, n’a jamais été établi par personne. C’est une phrase de vendeur, y compris quand c’est nous qui l’écrivons.
- Regardez la bride avant la race. Elle dit l’alimentation et le degré de pureté, qui pèsent plus lourd que le nom.
- Demandez ce qui a été comparé. Un superlatif sans comparaison est un argument, pas une information.
- Retenez le seul chiffre qui compte. Deux cochons de la même race peuvent tout avoir de différent.
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure race de cochon du monde ?
Aucune ne porte ce titre, parce que personne ne l’a jamais décerné. Il n’existe ni concours, ni jury, ni travail publié qui mette les races du monde en concurrence. Le seul programme européen qui a essayé de les rassembler conclut qu’elles ne sont pas comparables entre elles.
Le « pata negra », c’est une race ?
Non. C’est une mention réservée par le décret espagnol à une seule désignation : le jambon de bellota 100 % ibérique. Elle ne désigne ni une race, ni la couleur d’un ongle. L’une des cinq variétés de la race ibérique, le manchado de Jabugo, a d’ailleurs le plus souvent les onglons clairs.
Le porc ibérique est-il le seul à avoir du gras dans le muscle ?
Non. Les races locales en ont généralement plus que les races industrielles, et l’ibérique figure parmi elles sans statut particulier. Ce qui le distingue, c’est la conduite en plein air et la saison de glands, pas une singularité de race.
Le duroc abîme-t-il le jambon ibérique ?
Rien ne l’établit, dans un sens comme dans l’autre : la comparaison n’a pas été faite. Ce qui est certain, c’est que le duroc est la seule race admise en croisement avec l’ibérique, toujours comme père, et que le plancher légal est de 50 % de sang ibérique.
Combien reste-t-il de cochons manchado de Jabugo ?
616 animaux à la fin de 2023, dont 174 femelles reproductrices, répartis dans 32 élevages. À la même date, la variété retinto comptait 298 388 animaux. Quatre des cinq variétés de la race ibérique sont officiellement classées menacées.
Sources
- Décret royal espagnol 4/2014, art. 3, 4 et 9 : les deux seules races nommées, les trois degrés de pureté, la mention « pata negra » et les quatre couleurs de bride.
- Décret royal espagnol 255/2016 : équivalence accordée au porc alentejano portugais et à ses croisements avec le duroc.
- Décret royal espagnol 527/2023, annexe I : catalogue officiel des races, cinq variétés ibériques dont quatre classées menacées.
- Programme d’élevage de la race porcine ibérique, ministère espagnol de l’agriculture, 2024 : standard de la race, et onglons dépigmentés du manchado de Jabugo.
- Base ARCA du ministère espagnol, variété retinto et variété manchado de Jabugo : effectifs arrêtés au 31 décembre 2023.
- Cahier des charges de l’appellation Jambon noir de Bigorre, INAO : race gasconne pure, abattage de 12 à 24 mois, affinage de 12 mois au minimum.
- Cahier des charges de l’appellation Cinta Senese : inscription des deux parents au registre, élevage en plein air à partir du quatrième mois.
- Rare Breeds Survival Trust, fiche berkshire : 236 femelles reproductrices recensées au Royaume-Uni en 2024.
- Définition officielle du bœuf de Kobe : lignée, notes de classement et poids de carcasse. Ni bière ni massage.
- Čandek-Potokar, Batorek Lukač, Tomažin, Škrlep & Nieto, IntechOpen, 2019 : vingt et une races locales européennes, et l’impossibilité de les comparer.
- Nieto, García-Casco, Lara & autres, IntechOpen, 2019 : gras infiltré du porc ibérique, de 3,0 à 19,7 %.
- Palma-Granados, García-Casco, Caraballo & autres, Journal of Animal Science, 2023 : 940 porcs ibériques élevés dehors, moyenne de 4,9 %.
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Écrit par
Valentin & Pablo
Fondateurs de LOLO Jamón
Nous importons et distribuons du jambon et de la charcuterie ibériques. Nous allons voir l’élevage à chaque saison et nous choisissons les pièces sur place.
Des pièces entières
Jambons et épaules de bellota et de cebo de campo, affinés de 28 à 48 mois. Le format le moins cher au kilo.
Voir les pièces entièresExpédition en France sous 48 h. Paiement sécurisé.







1 commentaire
En vous lisant, je trouve que c’est une bonne race.
Moi je suis un passionné de l’élevage de porc🐖 et après mes études, je me suis spécialisé dans le porc. Mais j’ai vraiment un souci de moyens pour pouvoir m’installer en mon propre compte.
Voilà pourquoi je le note pour que quelqu’un de bonne volonté puisse m’aider.
Je suis ivoirien résidant en Côte d’Ivoire plus précisément au nord.
Soro
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